2 septembre

« 22 novembre 1980 (samedi). Réveil difficile, il fait gris, je reste une demi-heure sous la douche, assis tout en bas sous le jet chaud qui couvre ma tête, mes épaules, mes bras et mes mains que j’ai étendues de part et d’autre. […]

Plus tard, tout seul à l’étage […] je regarde longuement la photo d’Althusser qui occupe une grande page de l’Observateur. Je suis tout à coup très violemment ému par ce visage affaissé, ces yeux pochés, la finesse de l’ensemble, la délicatesse et l’intelligence qui s’en dégagent. […]

Je suis bouleversé. Je relève le visage, j’entends enfin la musique incroyable du début du 3ème acte de la Tosca : le jour se lève sur Rome, on entend vaguement quelques notes de berger, l’angélus aussi mais plus tard, on sent monter la couleur du ciel. Ici c’est gris et rien ne bouge. Je me lève et je remets la face du disque au début. De nouveau il fait nuit sur la scène, sur la terrasse du château Saint-Ange. […] Le jour se lève, la musique monte, la couleur à nouveau je sens qu’elle monte aussi, la couleur & la musique ensemble. Et je me dis, voilà au fond, c’est pour lui. C’est tout ce que je peux faire. »

Denis Roche : Essais de littérature arrêtée ; Paris, collection Ecbolade, 1981, p. 23-24-25

forcalquier
Forcalquier ; la décharge publique (cf. Louve basse, p. 222)

Denis Roche – Bernard Noël : poésie ininterrompue

« l’autre soir pendant que j’étais interviewé par Bernard Noël je l’ai dit il n’y a pas de différence vraiment entre Mallarmé et Sully Prudhomme ni entre Lautréamont et Soupault et tout ça parce qu’on doit penser ça et que tout ce qui précède il faut le voir et le savoir c’est mort sinon on n’est rien soi-même », écrit Denis Roche, dans Louve basse (p. 128).

Une improbable conjugaison nous a réuni en un court laps à la fois les références du dit entretien et sa transcription :

entretien Denis Roche & Bernard Noël

(6 juillet 1975 – émission Poésie ininterrompue sur France Culture)

 

Que toutes celles et ceux qui ont permis cette mise en ligne aujourd’hui, 43 ans jour pour jour après sa diffusion, soient ici remercié-es, et notamment Bernard Noël pour son aval.


Entre Bernard Noël et Denis Roche, les liens, conjonctions et rencontres abondent, anciens et variés. Des textes, des images, des sons en témoignent. Ainsi :

  • Denis Roche : « Antéfixe de Bernard Noël, qui est né dans l’Aubrac & de Colette Deblé, qui est de Coucy-lès-Eppes (novembre 1977) » ; Dépôts de savoir & de technique ; 1980, p. 169-175

  • Bernard Noël : « Abracadavra » [sur « Louve basse »], La Quinzaine littéraire, n° 228, 1er mars 1976, p. 11

  • Bernard Noël : « L’énerlangumène » ; Java, n° 9, « Denis Roche vingt ans plus tard », hiver 1992-1993, p. 48-49

  • Gérald Bloncourt donne à voir dans Land, n° 7, 4e trimestre 1983, p. 16-17 : « Amstramgram », 4 photographies noir & blanc de Bernard Noël, Denis Roche et Claude Royet-Journoud ensemble au jardin du Luxembourg à Paris.

  • Un-e photographe non crédité-e saisit la Rencontre-débat avec Bernard Delvaille, Bernard Noël, Denis Roche, Emmanuel Hocquard 14 juin 1978, in [catalogue] : Arc 1973-1983, Paris, Amis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, juin 1983, p. 304 [cf. p. 288 du même volume].

  • Dans La photographie est interminable (p. 10-11, 12 et 15), Denis Roche relate les circonstances qui permirent la publication de Notre antéfixe :

« [En 1977], Bernard Noël, vieux comparse des milieux poétiques, qui travaillait chez Flammarion, où il dirigeait la collection «Textes» (une série de littérature contemporaine plutôt pointue), m’avait demandé si je n’avais pas un livre pour lui. […] Or, je travaillais à l’époque à une série de textes expérimentaux, les Dépôts de savoir & de technique, dont la première tranche était achevée. Elle s’intitulait Notre antéfixe. Je la proposai, après quelque hésitation, à Bernard, tout en lui précisant que ça me paraissait bien court pour faire un livre, mais que c’était tout ce que j’avais. Rien d’autre, pas d’inédits, aucun texte en dehors de celui-là. Effectivement, me dit Bernard, ça ne fait pas un livre, essaie d’imaginer quelque chose qui pourrait en augmenter à la fois la matière et le volume, qui le doublerait en somme. Qu’est-ce que ça pourrait être ? […]

C’est alors que j’ai pensé à ces innombrables autoportraits photographiques de Françoise et de moi que j’avais pris, ces dix dernières années (et de manière très régulière à partir de 1971), un peu partout dans le monde […]. Je me suis dit que, puisque le texte proposé à Flammarion faisait quarante pages, j’allais installer, à sa suite, une quarantaine de ces autoportraits. […]

Ce qui reste très évident, c’est que je suis passé à la publication de mes photos à cause d’une obligation de livre qui exigeait que je comble un texte expérimental strictement littéraire. »

  • Les 2 journées consacrées à Denis Roche,  « Denis Roche, énergumène », lors des Rencontres de la photographie à Arles en 2016 ont diffusé une interview de Bernard Noël filmée par Anne-Lise Broyer.

  • Enfin, et pour s’en tenir là, on ne saurait évidemment croire coïncidentiel le sommaire du numéro 2 de la revue Nioques (4e trimestre 1990) :

(p. 9-24) – Bernard Noël : « Détails d’Opalka »

(p. 45-54) – Denis Roche : « Prose pour des essaims »

14 juin 2017 : « le dur désir de Duras »

Les publications de Denis Roche dans le quotidien Le Matin de Paris furent rares ; il s’en dénombre actuellement 4 :

Denis Roche dans Le Matin de Paris

  • « L’Amérique en toutes lettres », entretien avec Joëlle Fontaine et Jean-Paul Iommi-Amunategui, 4 juillet 1984 ;

  • « Le dur désir de Duras », 4 septembre 1984, p. 22 ;

  • « Mettre un mot à Michaux », 23 octobre 1984, n° 2376, p. 21 ; repris dans Axolotl, n° 2, 18 novembre 1995, p. 12-13 ;

  • « Alain Robbe-Grillet, fourbe magnifique » [Alain Robbe-Grillet : Le Miroir qui revient], 15 janvier 1985, p. 22-23, accompagné d’un portrait photographique : « Alain Robbe-Grillet en décembre 1984 », p. 22.

Mettre un mot à Michaux a été proposé dans Axolotl (papier) ; en revanche, le texte « Le dur désir de Duras », s’échancrant de L’Amant, de donc Marguerite Duras, [autre grand ascendant de Denis Roche (et puisque se célèbre l’anniversaire ce 14 juin d’aussi naissance – le 110e quant à lui – de René Char)], n’a jamais été republié. Merci aux Éditions de Minuit de l’avoir si obligeamment, et non sans diligence mais avec bienveillance et empathie, voire complicité, transmis, et d’en permettre ainsi ici la republication :

le dur désir de Duras

 



Quelques eux aussi 14 juins

 

  • 1973
  • année non indiquée (mais probablement 1977) :

« IN. DE L’EXPO PRIVÉE QUE J’AI VUE LE MARDI 14 JUIN AU RHIN

OCÉROS, 9 RUE DE LA COSSONERIE 75001 PARIS, TÉL. 508.93.03 »,

(Dépôts de savoir & de technique, p. 160) ;

  • 1978

« Poésie aujourd’hui, qu’est-ce qui change ? Rencontre-débat avec Bernard Delvaille, Jean Pierre Faye, Bernard Noël, Denis Roche, Jacques Sojcher. 14 juin 1978. », dans : Arc 1973-1983, Paris, Amis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, juin 1983, p. 288 ; une photographie non créditée de la rencontre-débat et légendée : Rencontre-débat avec Bernard Delvaille, Bernard Noël, Denis Roche, Emmanuel Hocquard 14 juin 1978, se trouve p. 304 du même volume ;

  • 1985

photographie légendée « Fribourg, Allemagne » (catalogue expo Château d’eau, p. 5) ;

photographie légendée « Fribourg, Allemagne » (ibid., p. 9) ;

  • 1986

photographie légendée « Paris. Nu de J.C. près du Métro Télégraphe » (catalogue Paris-Audiovisuel, p. 23 ; Ellipse et laps, p. 133 ; Photolalies, 1e de couv. et p. 18).

  • 2017 

republication, sur le site https://axolotl-denisroche.com/, de « Le dur désir de Duras », initialement paru dans Le Matin de Paris, le 4 septembre 1984, p. 22.