Bernard Noël : Denis Roche « L’énerlangumène »

Pour pourtant s’être déjeunés, parlé, écrit, côtoyés, photographié, édité, lus, rendu visite, entretenus, téléphoné, rencontrés, radiodiffusés, avoir colloqué, correspondu, siégé, débattu, émis, publié, déambulé, … Bernard Noël et Denis Roche ont relativement peu écrit sur les productions l’un de l’autre.

À Bernard Noël, Denis Roche a consacré en 1977 le “Dépôt de savoir & de technique” n° 14 intitulé « Antéfixe de Bernard Noël, qui est né dans l’Aubrac & de Colette Deblé, qui est de Coucy-lès-Eppes » (Dépôts de savoir & de technique, p. 169-175). Il en écrit : « 4 décembre 1977 (dimanche). – […] j’entreprends la rédaction de leur [Bernard Noël et Colette Deblé] « antéfixe » […]. En tête, je mets cette phrase de lui, qui est sûrement ce qui nous rapproche le mieux : “si les morts pouvaient écrire, pas un vivant n’écrirait”… » (Temps profond, p. 44). Cette phrase est tirée de L’Outrage aux mots, texte écrit par Bernard Noël en 1975, en réponse au procès que lui avait valu en 1973 Le Château de Cène pour outrage aux mœurs. Ce texte se réfère nommément à Denis Roche : « Je voudrais à présent travailler au niveau du bruit de la langue. Ou peut-être mécrire, comme dit Denis Roche, qui crie si rudement : “Quittez vos langues, petits pères (ma langue, ma langue, merde), mangez vos langues, vieux chiens, pendant qu’il est encore temps !”. Mais il n’est déjà plus temps. Et ça fait couac, couac, dans nos gorges, cependant que ce qui voudrait monter dégringole et tombe au trou. »

En mars 1976, Bernard Noël publie dans La Quinzaine littéraire un article à propos de Louve basse qui vient de paraître : « Abracadavra » (précédemment mis en ligne ici) .

Que Bernard Noël participât à l’important dossier « Denis Roche vingt ans plus tard » du numéro 9 de la revue Java (hiver 1992-1993) allait plus que de soi. Et c’est significativement entre une photographie de Emmanuel Hocquard et un texte de Alain Borer, que figure sa contribution :

Bernard Noël – L’énerlangumène

in Java, n° 9, hiver 1992-1993, p. 48-49,

(revue dirigée par Jean-Michel Espitallier et Jacques Sivan)

Ces liens entre Bernard Noël et Denis Roche ont également été remarqués par nombre de leurs contemporains :

  • Joseph Guglielmi, dans « Le journal de Joseph Guglielmi », rappelait un “débat à la FNAC-Montparnasse sur la censure, vers 77 ? […] Sollers à la tribune avec Bernard Noël, Robbe-Grillet, Ricardou, Denis Roche.” (Action poétique, n° 125, 3e trimestre 1991, p. 72) ;

  • Le catalogue Arc 1973-1983 (Paris, Amis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, juin 1983) mentionne une Rencontre-débat avec Bernard Delvaille, Bernard Noël, Denis Roche, Emmanuel Hocquard, Jacques Sojcher – 14 juin 1978 : « Poésie aujourd’hui, qu’est-ce qui change ? » ;

  • Le tome 1 des Œuvres complètes de Francis Ponge, dans la Bibliothèque de la Pléiade, témoigne d’autres agapes : « parmi les membres du jury [du Grand Prix national de poésie], Eugène Guillevic, Bernard Noël, Denis Roche, Claude Simon, François Maspéro » (p. XCIII) ;

  • Quatre photographies de Gérald Bloncourt publiées sous le titre « Amstramgram » dans la revue Land (n° 7, 4e trimestre 1983, p. 16-17) montrent Bernard Noël, Denis Roche et Claude Royet-Journoud ensemble au Jardin du Luxembourg, à Paris (visibles ici).

Certains lecteurs, non des moindres, soulignent eux aussi des proximités :

  • Emmanuel Hocquard : Un privé à Tanger ; Paris, P.O.L, 1990 ; réédition Points Poésie n° P3278 : « écrits contemporains les plus pertinents sur la poésie (Georges Bataille, Roger Caillois, Bernard Noël, Denis Roche, etc.) » (p. 172) ;

  • Michel Giroud : « Pourquoi ne pas demander à un écrivain-photographe comme Denis Roche, par exemple, de construire une collection [de photographies contemporaines]. Cela serait passionnant. Ou à Bernard Noël. Cela serait une manière de renouer avec Baudelaire et sa vision de la critique créatrice », Kanal Magazine, nouvelle série, n° 6, mars 1990, p. 32 ;

  • Yves di Manno : « Un couplet pour Jude Stéfan » (Action poétique, n° 127, 2e trimestre 1992) : « Handke et Roche, Hocquard et Messagier, Salabreuil et Bernard Noël, pour s’en tenir ici à quelques noms » (p. 17) ;

  • Jude Stéfan : « On est obligé de contre-écrire. Après Beckett, Céline, Bernard Noël, Denis Roche. » (Le matricule des anges, n° 15, 20 février 1996, p. 8).

Une nouvelle fois, cette mise en ligne se fait en conjonction et synergie avec le site Atelier Bernard Noël, où, augmenté d’un apparat critique, “L’énerlangumène” s’accompagne en outre de photographies de Gérald Bloncourt, Bernard Plossu et Denis Roche.

***

 Nombreux et singuliers remerciements, notamment à Bernard Noël, à Jean-Michel Espitallier et à Bernadette Griot.

Nous exprimons notre vive gratitude à Nicole Burle-Martellotto et Bertrand Verdier, sans qui cet article ne serait pas.


Notes, notules et scolies

  • Achevé d’imprimer en décembre 1992, Le beau en présence ou le sexe à la mère Denis, essai de Jacques Sivan “à propos de Denis Roche” publié aux éditions Java, se présente comme “une contribution à l’hommage rendu à Denis Roche dans le n° 9 de la revue Java” (p. 4). Il s’ajoute ainsi ipso facto au sommaire de cette revue dont Jacques Sivan menait, en compagnie de Yves di Manno, l’entretien avec Denis Roche ;

  • En novembre 1980, Denis Roche publiait dans Le Nouvel Observateur : « Inhumain, trop inhumain » (n° 834, 3 novembre 1980, p. 103-104), article à propos du livre de Anne-Marie Roy : Pierre, pour mémoire, paru aux éditions Actes Sud en 1980. À la page 59 de ce livre figurent des phrases telles que : « J’en ai parlé, j’ai été voir le professeur D.R. souvent, pour le pipi au lit de Valia aux Enfants-Malades, souvent je les ai accompagnées à Paris, Valia et Murielle, j’ai pensé que peut-être le professeur D.R. pouvait me » ;

  • Siegfried Plümper-Hüttenbrink, dans Jeux de lecture (Éric Pesty Éditeur, 2020), en vient, au long de la section 66 (“Le lecteur que je suis a toujours eu une légère tendance à se méfier des poètes”) à mentionner, après ceux de Claude Royet-Journoud, Emmanuel Hocquard et Georges Bataille, le nom du « dynamiteur langagier que fut Denis Roche » (p. 60-61). Et c’est sur l’évocation des Dépôts de savoir & de technique que se conclut cette section.


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