2 septembre

« 22 novembre 1980 (samedi). Réveil difficile, il fait gris, je reste une demi-heure sous la douche, assis tout en bas sous le jet chaud qui couvre ma tête, mes épaules, mes bras et mes mains que j’ai étendues de part et d’autre. […]

Plus tard, tout seul à l’étage […] je regarde longuement la photo d’Althusser qui occupe une grande page de l’Observateur. Je suis tout à coup très violemment ému par ce visage affaissé, ces yeux pochés, la finesse de l’ensemble, la délicatesse et l’intelligence qui s’en dégagent. […]

Je suis bouleversé. Je relève le visage, j’entends enfin la musique incroyable du début du 3ème acte de la Tosca : le jour se lève sur Rome, on entend vaguement quelques notes de berger, l’angélus aussi mais plus tard, on sent monter la couleur du ciel. Ici c’est gris et rien ne bouge. Je me lève et je remets la face du disque au début. De nouveau il fait nuit sur la scène, sur la terrasse du château Saint-Ange. […] Le jour se lève, la musique monte, la couleur à nouveau je sens qu’elle monte aussi, la couleur & la musique ensemble. Et je me dis, voilà au fond, c’est pour lui. C’est tout ce que je peux faire. »

Denis Roche : Essais de littérature arrêtée ; Paris, collection Ecbolade, 1981, p. 23-24-25

forcalquier
Forcalquier ; la décharge publique (cf. Louve basse, p. 222)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s